Call up veut souffler sur les étincelles de génie

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Lancée en septembre dernier, Call Up est une plateforme internet qui met en contact des porteurs de projets de transition et des personnes désireuses de mettre leurs compétences à leur service.

Reportage 

Valentine Van Vyve

« L'élan citoyen pour créer un monde plus équitable est indéniable. De nombreuses initiatives citoyennes voient le jour. Mais que faire d'une idée, lorsque l'on manque de moyens humains et financiers ? ». Les fondateurs de Call up soulèvent cet écueil important qui empêche bien souvent une idée de se transformer en projet. Pourtant, disent-ils, « aussi petite soit elle, elle mérite d’être explorée, palpée et confrontée ». Comment y parvenir ? Comment permettre à ces idées d'aboutir à de réels projets porteurs de changements ? Call Up répond, comme son nom l'indique, par la « mobilisation » des forces vives.

Doper les bonnes idées

Car « entre les idées et les projets, il y a souvent un déficit de ressources humaines, financières, organisationnelles », résume Agnès Kurzweil, responsable communication et marketing. La volonté a donc été de mettre en place un outil permettant de lier les deux bouts de la chaîne : d'un côté, les porteurs d'idées ou de projets déjà concrets mais en manque de ressources pour le développer. De l'autre, les « contributeurs » prêts à mobiliser leurs compétences au bénéfice d'initiatives citoyennes ou de transitions, mais qui ne savent ni comment s'y prendre ni ce qui existe.

« Nous souhaitons que les bonnes idées ne soient pas abandonnées par manque de moyens... Au contraire, pour aider à les faire éclore, nous entendons souffler sur ces étincelles de génie ».
Daniel Sum, cofondateur de Call Up

Quand une erreur des impôts mène à la mobilisation citoyenne

L'histoire a de quoi étonner. En 2016, Daniel Sum se voit octroyer un retour d'impôt injustifié. Ces 1700 euros qui lui sont versés par erreur, il souhaite les « mettre au service du contribuable ». Afin de déterminer la nature du projet qu'il mettra en place, le jeune homme, actif dans le mouvement de la Transition, convie une brochette de personnes mobilisées dans des projets citoyens. Elles lui témoignent des manques, des difficultés et des défis qui se posent à elles. Cela a permis de « cibler les problématiques », se souvient Daniel Sum. Au fil des discussions, il apparaît que ce n'est pas le manque de créativité qui fait défaut... mais de moyens pour transformer les idées en actions concrètes.

Daniel Sum et trois acolytes, « une bande de développeurs web », mettent alors leurs compétences techniques au service du maillon qu'ils estiment manquer à la chaîne : au départ de l'asbl « Co-Labs », qui promeut les projets citoyens, ils créent « Call Up » (ou « Mobiliser », « Faire appel ») , une plateforme internet mettant en relation des personnes qui ont des idées à développer avec celles qui ont des compétences à offrir.

Repair café, monnaie locale, café coopératif, mode durable, bière locale et solidaire,… Les projets actuellement présents sur la plateforme, variés, se rejoignent autour d’une même philosophie. « Notre volonté est de réserver cet accès, totalement gratuit, à toutes les intentions altruistes. Toutes les idées sont les bienvenues, pour autant que leur partage ou leur réalisation participe un tout petit peu à un monde meilleur et plus équitable », résume Daniel Sum.

Fédérer les initiatives

Call up se présente comme une plateforme en ligne de « mise en relation » dont le but est de « relier les gens autour de projets ».

« Nous sommes en quelque sorte le Tinder des initiatives citoyennes et de transition »
Agnès Kurzweil, responsable communication et marketing

La comparaison est efficace : le porteur de projet explique l'essence de son initiative, ses objectifs, sa philosophie et, surtout, exprime les besoins qu'il a : un expert en communication, un développeur web, un comptable,...
De l'autre côté, le contributeur inscrit ses compétences et intérêts. Sur base de ces informations, les algorithmes de Call up se mettent en branle et connectent (ou « matchent ») les uns avec les autres. L’engagement des bénévoles dans un projet varie en fonction des besoins de ce dernier. « Cela peut aller d'un texte à traduire à l'élaboration d'une campagne de communication », explique Agnès Kurzweil. L’implication dans un projet citoyen peut dès lors être ponctuelle ou structurelle.

« Après la mise en contact, notre boulot est fini », commente encore la responsable de la communication. La plateforme se limite, actuellement du moins, à mettre en lien. « C'est primordial, lorsque l'on sait qu'en deux ans, les initiatives citoyennes et de transition ont triplé », ajoute Daniel Sum, citant Rob Hopkins, le gourou de la Transition.

« On fait le constat d'un besoin partagé de recréer du lien et de la solidarité dans une société qui a mis l'humain à la marge ».
Agnès Kurzweil

« Chacun cherche du sens. Chacun cherche son Ikigai » ( ou « raison d'être »), complète Daniel Sum. Ce terme japonais signifiant « l'équilibre entre ce que vous aimez faire, ce dans quoi vous êtes bon, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi vous pourriez être payé », explique-t-il. Call Up dit avoir trouvé cet équilibre. Les initiateurs de la plateforme continuent toutefois de s’inscrire dans le mouvement.

Tous experts

Active depuis septembre 2018, la plateforme compte déjà une soixantaine de projets et a généré 134 connexions. À terme, elle a l’ambition de devenir « l’outil incontournable des ressources humaines et organisationnelles dans l’économie collaborative ». Call Up n’est cependant pas le seul outil de cette nature dans le paysage de la Transition. Mais il y a de la place pour tout le monde, en disent les acteurs (lire cu-dessous).

En plus de cela, il importe aux porteurs du projet d’élargir le public actuellement touché par le mouvement de la Transition.

« Nous sollicitons des experts dans leur domaine. Mais nous avons conscience qu’une franche importante de la population ne se considère pas comme tels, ou ne se sent pas légitime à assumer telle ou telle tâche, alors même qu’elle pourrait apporter énormément aux projets», énonce Daniel Sum. Le tout est donc de parvenir à s’adresser à ces gens-là afin qu’ils apportent leur pierre à l’édifice. Call Up envisage par ailleurs de «participer à une insertion par le travail, en remettant des personnes éloignées du marché de l’emploi sur les rails. Les projets citoyens peuvent à bien des égards être assimilés à des start-up», croit Daniel Sum.

Enfin, Agnès Kurzweil rêve tout haut d’une plateforme qui répertorierait l’ensemble des initiatives de transition existantes. Et pourquoi pas d’exporter le concept à l’étranger, où, semble-t-il, rien de tel n’existe encore.

Vidéo : Valentine Van Vyve

Mutualiser les ressources

Si la Transition se veut être « décentralisée » et suivant une dynamique de « bottom-up », se pose tout de même la question des ressources. Les initiatives ne croulent en effet ni sous les moyens humains ni financiers.

Dès lors, « partager les outils s'avère être essentiel, pense François-Olivier Devaux. Il n'est pas utile de réinventer à chaque fois la roue », commente ce membre du Réseau Transition. Au contraire, il plaide pour une mutualisation des compétences et des outils. « C'est une manière pour chaque acteur local de rester concentré sur ses préoccupations tout en bénéficiant de ressources nécessaires au développement d'un projet ».

Le Réseau a donc vu arriver Call Up d'un bon œil.

« Comment connecter les gens ? C'est une question primordiale lorsque tant de personnes cherchent à se lancer, à donner du temps et des compétences à des projets porteurs de sens mais ne savent pas toujours où ni comment ».
François-Olivier Devaux

La diversité des acteurs et la liberté d'entreprendre sont aussi des points d'attention du mouvement de la Transition, qui par essence, appartient à chacun. À côté de Call Up, on retrouve d'ailleurs AgoraKit, une boite à outils qui facilite les échanges et la communication au sein de projets citoyens, ou encore InCommon, qui compile les cartographies réalisées et permettant d’avoir une vue plus large des initiatives de transition, des communaux, des initiatives écologiques et durables, des systèmes de solidarité.
Les informations qui s'y trouvent le sont en « open source » et profitent donc des connaissances de tous ceux qui y contribuent.

« C'est un outil puissant qui constitue aussi une manière d'apporter du changement à plus grande échelle ».
François-Olivier Devaux

Ce besoin de « mutualisation des ressources et des outils, les pouvoirs publics l'ont d'ailleurs compris », ajoute-t-il. A titre d'exemple, la région Wallonne soutient financièrement « Wallonie Demain », un ensemble de trois acteurs de terrain – Inter Environnement Wallonie, la fondation Be Planet et le Réseau Transition - rassemblés pour mettre en place un processus d’échanges et de rapprochement entre acteurs.